L’architecture, un art de combat, maison des arts martiaux et de l’escrime d’aix-en-provence

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Christophe Gulizzi offre aux arts martiaux japonais un espace secret, à l’écart de l’urbanisme chaotique de son quartier, en périphérie d’Aix-en-Provence.

Musée, bibliothèque, mémorial, lieu de culte, salle de concert ? Ce gros rocher de béton brut qui semble s’être détaché des pentes de la montagne Sainte-Victoire pour finir sa course au Val de l’Arc, quartier périphérique d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), ne laisse pas deviner sa vocation. Et pour cause. Par son opacité, l’édifice s’abstrait volontairement d’un environnement ingrat, dont l’urbanisation anarchique et l’architecture néoprovençale constituent une « catastrophe urbaine et esthétique », selon l’architecte Christophe Gulizzi. Mais c’est aussi en raison de la nature même de son programme que le bâtiment atteint une dimension abstraite teintée de sacralité, peu habituelle pour un gymnase. De fait, l’édifice abrite un dojo, terme d’origine japonaise désignant d’abord la salle d’un temple bouddhiste dédiée à la méditation et dans laquelle fut introduit, par la suite, l’enseignement des arts martiaux. Et Christophe Gulizzi, concepteur de cette Maison des arts de combat – et ceinture noire de judo -, en sait quelque chose.

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C’est en référence au masque de protection grillagé porté pour le kendo (combat au sabre) que se rapportent les façades avant et arrière du bâtiment. Chacune d’elles est en effet constituée d’environ 80 lames verticales en béton préfabriqué, suspendues à l’acrotère de l’édifice, et dont le faible espacement crée un filtre efficace contre le rayonnement solaire et le monde extérieur dont il est indispensable de s’abstraire pour entrer dans l’univers des arts martiaux. Cependant, l’architecte a pris soin de faire vibrer ce masque de béton en modulant l’épaisseur des lames, produisant ainsi un effet cinétique subtil que l’œil perçoit instinctivement sans en discerner la cause.

Une Grande Fluidité Spatiale

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La façade d’entrée ménage un sas vitré, une porte étroite percée dans la partie inférieure du volume, taillée en biseau comme pour faire reculer l’entrée et protéger toujours plus l’intériorité du bâtiment. Une fois franchi le seuil, le volume est scindé en deux blocs d’un étage. Le premier bloc, occupé par les fonctions servantes (accueil, administration, etc.) et deux petites salles de sport, forme une zone tampon avec le parvis. Dans le second bloc, situé à l’arrière, de vastes plateaux libres se superposent : au rez-de-chaussée, les disciplines du corps à corps (judo, karaté, etc.) et, à l’étage, la salle d’armes. Entre les deux blocs programmatiques, une faille aux lignes brisées, dans laquelle se glisse la végétation, traverse l’édifice. Comme si celui-ci avait été tranché d’un coup de sabre pour créer deux ailes séparées. Le passage de l’une à l’autre s’effectue par des galeries vitrées qui donnent sur le jardin intérieur, espace intermédiaire contemplatif.

Les plateaux d’évolution (de 15 et 18 m de profondeur sur 36 m de longueur) sont réalisés d’un seul tenant, sans joint de dilatation. En zone sismique, ce dispositif monolithique renforce le rôle de contreventement des voiles de façade, assurant une meilleure rigidité de l’ensemble du bâtiment, en autorisant aussi une grande fluidité spatiale. « Comme pour le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) de Marseille, la suppression des joints de dilatation a permis de créer de vastes plateaux libres, sans aucun point de contreventement intermédiaire qui aurait été nécessaire dans le cas contraire », explique l’ingénieur structure Romain Ricciotti.

Maîtrise d’ouvrage : Ville d’Aix-en-Provence. Maîtrise d’œuvre : Christophe Gulizzi, architecte mandataire. BET : Lamoureux & Ricciotti (structure). Entreprises : Travaux du Midi (gros œuvre, couverture), Sam Aluminium (menuiserie, serrurerie), Merlo (menuiserie bois). Surface : 1 793 m2 Hon. Coût des travaux : 3 175 000 euros HT.

Margot Guislain – le Moniteur

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