CENT POTEAUX DE BFUP EN FORMES D’ALGUES

Après deux ans de travaux, le centre aquatique de l’Estuaire Aquaparc, conçu par l’agence Coste Architectures, a été inauguré en avril 2018. Il est implanté à proximité du centre de Saint-Nazaire (44) et au cœur de la Plaine des sports, un site de 20 ha qui, jouxtant le parc paysager Léo-Lagrange, compte divers équipements pluridisciplinaires : gymnases, terrains de sports, groupes scolaires, locaux associatifs, etc. La piscine fait également face à La Soucoupe, une salle omnisports atypique bâtie en béton entre 1963 et 1970. Destiné aux habitants des dix communes de la Carène (Communauté d’agglomération de Saint-Nazaire), l’Aquaparc vient remplacer les deux piscines Léo-Lagrange et de la Bouletterie vieillissantes. Ce complexe aquatique d’envergure comprend cinq bassins (1 200 m²), dont un de nage de 25 m (525 m²), un d’échauffement de 25 m (220 m²) et un d’apprentissage (130 m²), ainsi qu’une piscine à vagues dotée d’une rivière à contre-courant et d’une aire à jets et bulles (265 m²), une pataugeoire (50 m²), un pentagliss à quatre pistes et une zone de jeux d’eau extérieure (100 m²). De plus, il est assorti d’un espace de bien-être réunissant trois saunas, une salle de hammam, des douches hydrothérapiques, un espace de détente et un solarium extérieur. Le centre, qui réunit 16 vestiaires collectifs, 50 cabines individuelles, 706 casiers individuels et 60 douches, peut accueillir 980 personnes simultanément, dont 40 font partie du personnel.

Des flux distincts

À vocation polyvalente, cet équipement populaire s’adresse à un public le plus large possible. Tous les espaces sont en effet accessibles aux personnes à mobilité réduite. Côté organisation des fonctions, le vaste volume unitaire de l’équipement, qui mesure environ 120 m de long par 60 m de large, se divise en trois travées de 30 m de portée vouées à être utilisées de façon modulable, au gré des besoins et des usages fluctuants. Dans la continuité du parvis, l’entrée située à l’ouest ouvre sur un hall, une banque d’accueil et des bureaux. L’accès aux vestiaires individuels se trouve dans l’aile nord, qui accueille également d’amples locaux techniques, tandis que l’accès aux vestiaires collectifs mène à une autre zone orientée au sud-ouest, un principe permettant de dissocier le flux du public (individuels) de celui des groupes (écoles). Si les trois halles aux bassins se prolongent en extérieur par une terrasse et des plages aménagées, l’espace bien-être, greffé au sud-est de l’ouvrage, donne sur un solarium protégé.

Sur le plan structurel, l’ossature en béton de l’équipement comporte des voiles banchés et des poteaux élancés reprenant la forme d’algues laminaires (en rubans), dont les hauteurs variables culminent à 9 m. « Pour exprimer le balancement des algues, nous avons modélisé ces pièces sous Archicad », explique l’architecte Emmanuel Coste. Ces poteaux se divisent en deux types : porteurs (épais et arrondis) ou décoratifs (fins et nervurés).

40 poteaux précontraints et 63 laminaires

En collaboration avec le BET Lamoureux & Ricciotti Ingénierie, les cent poteaux ont été conçus, dimensionnés, puis réalisés en béton fibré à ultra-hautes performances (BFUP) par l’Atelier artistique du béton (AAB), à partir du BFUP BSI fabriqué par Eiffage. L’architecte souligne que « malgré leur faible section (30 cm de diamètre), ils présentent une haute résistance à la compression, de l’ordre de 150 à 180 MPa, comparée à un béton classique de 25 MPa. Nous avons réfléchi à leur production. Pour éviter des coûts prohibitifs, nous les avons préfabriqués de manière rationnelle, à partir de seulement deux modèles de moules » .

Effectuée en atelier, cette préfabrication artisanale et manuelle a consisté à couler les deux types de poteaux dans deux moules en polyuréthane spécifiques placés à plat, une gaine de précontrainte ayant été insérée dans chaque poteau porteur. La face plane de ce dernier a permis d’accoler sur le chantier deux éléments pour venir y glisser un joint de dilatation, une contrainte liée au risque sismique élevé du site. Les trois couleurs distinctes de ces poteaux – blanc, gris clair et gris anthracite -ont été obtenues par l’ajout d’une teinture dans la masse du béton. Et pour pouvoir créer une diversité de formes, les poteaux modélisés en 3D ont été positionnés sur site soit à l’endroit, soit à l’envers, ou bien en opérant des rotations et même en utilisant des morceaux d’éléments pour les poteaux plus courts, ce qui a certes enrichi le projet, mais beaucoup complexifié leur réalisation.

Méthode de pose appropriée

La mise en œuvre a débuté par la réalisation des voiles banchés du RDC qui ceinturent les divers volumes regroupant l’administration, les vestiaires, l’espace de bien-être et les locaux techniques. Puis, sur la dalle en béton de l’ouvrage, a commencé la pose des poteaux porteurs en BFUP et, conjointement, des différentes pièces de la charpente métallique. Acheminés par camion et stockés sur le chantier, les poteaux porteurs, préfabriqués et répertoriés, ont ensuite été levés à la grue un à un et mis en place précisément sur la première travée (ouest), en périphérie et à l’intérieur de l’emprise du futur espace. Puis ils ont été étayés, ancrés en pied dans des massifs en béton avec des tiges, et fixés à leur sommet, sous les poutres en acier, au moyen de blocs d’ancrage constitués de tiges filetées et d’inserts. Quant aux fins poteaux laminaires, non précontraints et plus fragiles, ils ont été chacun levé verticalement à la grue dans un berceau métallique de maintien. On les a ensuite placés entre les points porteurs, puis scellés en partie basse dans la dalle en béton, et fixés en partie supérieure à la charpente, grâce à des inserts de liaison. En parallèle et progressivement, les poutres et poutrelles en acier formant la charpente ont été levées à la grue télescopique, puis positionnées et fixées sur les poteaux. Ensuite, ces diverses phases de mise en œuvre ont été réitérées de façon similaire sur les deux autres travées du centre aquatique, jusqu’à former l’ensemble de l’ossature béton et de la charpente métal coiffant l’édifice.